Pour la cinquième fois en compétition au Festival de Cannes depuis 2000, James Gray se renouvelle en présentant Armageddon Time où il approfondie son sujet de prédilection, la famille et la filiation. Il y ajoute les thèmes du racisme et des inégalités sociales qui sévissent aux Etats-Unis, alors que le mouvement Black Lives Matter est dans tous les esprits.

Dans les années 80 à New York, Paul, adolescent turbulent issu d’une famille modeste, change de collège et se retrouve dans un établissement huppé dont le père de Donald Trump, futur président des Etats-Unis, chapeaute le conseil d’administration. Paul reste fidèle à son ami afro-américain Johnny, ce qui le fragilise aux yeux des élèves de la haute société new-yorkaise. Tous deux rêvent d’un avenir meilleur et commettent un larcin qui va bouleverser leur vie.

 
Auteur de tous ses scénarios, James Gray est un formidable conteur qui utilise le film de genre pour explorer la famille, sujet majeur du cinéma américain. Il est passé par le thriller (Little Odessa, The Yards, La Nuit nous appartient), le film d’amour (Two Lovers), le mélodrame (The Immigrant), le film d’aventure (The Lost City of Z), même la science-fiction (Ad Astra). Aujourd’hui il se démarque de ses références au film de genre avec Armageddon Time, au sujet résolument social. Ses origines russo-ukrainiennes, issue d’une famille immigrée à New York en 1920, imprègnent tous ses films.

Si James Gray est reconnu pour la subtilité de ses scripts, elle se retrouve aussi dans sa cinématographie aux cadrages et lumières splendides et dans sa direction d’acteurs hors-pair. La palme revient ici à Anthony Hopkins qui campe un patriarche humaniste en fin de vie, un second rôle bouleversant. Excellent également, Jeremy Strong en père responsable qui cherche ses marques, parfois violent et le regrettant, et Anne Hathaway, splendide mère protectrice et empathique. Quant au jeune Banks Repeta, il est impressionnant de justesse dans son rôle d’adolescent en quête de sens et d’avenir, comme l’est chez Jaylin Webb, son ami persécuté pour sa couleur de peau. Les deux compères évoquent sans conteste Les Quatre-cents coups de François Truffaut.

C’est un cas d’école qu’expose James Gray en invitant la famille Trump dans le tableau. La famille juive du film se sent persécutée et subit la première élection de Ronald Reagan comme un calvaire. Pourtant leur fils rejoint une école gérée par le père du futur président des Etats-Unis, à l’idéologie libérale encore plus radicale. Son racisme patent fait l’objet d’une dénonciation récurrente dans le récit, tout comme le fossé de plus en plus profond qui se creuse entre les classes sociales étasuniennes. Un sujet tabou au pays du dollar, selon le réalisateur.

Armageddon Time s’avère un sérieux prétendant à la Palme, surtout quand l’on connaît la fibre sociale du président du jury, Vincent Lindon. Acteur, il reconnaîtra par ailleurs la merveilleuse interprétation des comédiens dont plusieurs pourraient se retrouver au palmarès.

Anthony Hopkins et Banks Repeta  dans "Armegeddon Time" de James Gray (2022). (2022 Focus Features, LLC)

Genre : Drame
Réalisateur :  Anne Hathaway, Jeremy Strong, Banks Repeta, 
Acteurs :  Anne Hathaway, Jeremy Strong, Anthony Hopkins, Banks Repeta, Jaylin Webb, 
Pays : Etats-Unis 
Durée : 1h55
Sortie : prochainement
Distributeur : Universal International Pictures

Synopsis : Milieu des années 1980, le quartier du Queens à New York est sous l’hégémonie du promoteur immobilier Fred Trump, père de Donald Trump, le futur président des Etats-Unis. Un adolescent étudie au sein du lycée de Kew-Forest School dont le père Trump siège au conseil d’administration de l’école et dont Donald Trump est un ancien élève.





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By cftv1

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