mer. Août 17th, 2022



Une série d’articles du New York Times (article en anglais), publiés vendredi 20 mai, remet en lumière la tragique histoire de l’indépendance d’Haïti et la dette astronomique que le pays a dû payer à la France au 19e siècle. 

Après plusieurs mois d’analyse d’archives, le journal américain a estimé que les paiements, versés à compter de 1825 par la première république noire de l’histoire, pour indemniser les anciens colons esclavagistes, « ont coûté au développement économique d’Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars de pertes sur deux siècles, soit une à huit fois le produit intérieur brut du pays en 2020. »

Si la publication est largement partagée et commentée sur les réseaux sociaux, un silence complet prévaut tant du côté des autorités en place à Port-au-Prince que du côté de ses opposants.

La frilosité des dirigeants haïtiens à embrasser cette cause peut également s’expliquer par l’interventionnisme occidental dans le passé récent du pays des Caraïbes. En 2003, le président Jean-Bertrand Aristide avait fait de la question de cette dette de l’indépendance son cheval de bataille, chiffrant, au centime près, le montant perçu par la France à plus de 21 milliards de dollars.

Confronté à une insurrection armée et une révolte populaire, qui dénonçait des violations des droits humains, il est évincé du pouvoir en février 2004, sous forte pression américaine, française et canadienne. 

Interrogé près de deux décennies plus tard par le New York Times, Thierry Burkard, ambassadeur de France de l’époque, admet qu’il y avait « un peu » de lien entre l’éviction du président Aristide et ses revendications pour la restitution de cette dette.

En déclarant son indépendance le 1er janvier 1804, Haïti se retrouve au ban des nations d’un monde alors dominé par les puissances esclavagistes. Les paiements exigés par la France ont autant privé l’économie haïtienne de ressources vitales à son essor, qu’ils ont permis à son ancienne métropole de prospérer.

Le New York Times a ainsi montré comment, à la fin du 19e siècle, la banque CIC a rapatrié en France, via des emprunts toxiques censés aider Port-au-Prince à purger sa dette, les revenus de la jeune banque nationale haïtienne. Ces capitaux ont, par la suite, permis à l’établissement bancaire parisien de financer notamment la construction de la Tour Eiffel.

L’actuelle maison-mère du CIC a réagi lundi aux révélations du média américain. « Parce qu’il est important d’éclairer toutes les composantes de l’histoire de la colonisation – y compris dans les années 1870, la banque mutualiste financera des travaux universitaires indépendants pour faire la lumière sur ce passé », a annoncé le Crédit Mutuel dans un communiqué de presse.





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By cftv1

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