David Cronenberg présente cette année en compétition officielle Crimes of the Future, qui reprend le titre de son deuxième long métrage expérimental de 1970. C’est la sixième fois que le réalisateur est en compétition, après Crash qui remportait le Prix du jury en 1996, et Spider, A History of Violence, Cosmopolis, et Maps to the Stars, pour lequel Julian Moore remporta le Prix de la meilleure actrice en 2014. Pourquoi une telle constance ? Sans doute pour la singularité de ce réalisateur de grand talent.

Frissons sur la Croisette

Fort de deux court-métrages (1966-67) et de deux longs expérimentaux (1969-70), David Cronenberg tourne à Toronto son premier film commercial en 1974 sous le titre de The Parasite Murder qui deviendra Shivers, puis Frissons en France. Sa réalisation résulte de l’appel à projet du gouvernement canadien qui cherchait à subventionner le cinéma local, sur le modèle français. La proposition de Cronenberg est retenue : un film d’horreur de science-fiction, ce qui lui vaudra les foudres de la critique canadienne, révulsée par l’utilisation de l’argent du contribuable dans un film de genre qui mêle gore et sexe à l’écran.

Présenté sur le marché du film à Cannes en 1975, Frissons, vendu partout sur la planète, est projeté avec fracas au Festival du cinéma fantastique d’Avoriaz en1976 (aujourd’hui à Gérardmer), et remporte partout dans le monde un succès foudroyant.

Crash en plein Festival

Crash provoqua, en 1996, un scandale comme Cannes les aime. On se demande bien pourquoi aujourd’hui. Le film, très audacieux, marque l’empreinte d’un artiste cinéaste. Première adaptation à l’écran de l’écrivain de science-fiction britannique J. G. Ballard, il dérange par son sujet : l’emprise sexuelle de la voiture sur la civilisation occidentale. Le tout sous l’emballage d’une esthétique sadomasochiste qui va s’étendre à la publicité, comme chez Dior, Gucci ou Versache.

Pour certains, le film aurait vieilli. Ils ont oublié qu’il est à l’origine du phénomène, et d’un scandale à l’époque (peut-être pas aussi retentissant que celui de La Grande Bouffe en 1971, mais pas loin). 

Une araignée au plafond

Six ans après Crash, Cronenberg revient en 2002 avec Spider (araignée en anglais) avec l’acteur Ralph Finnes, starifié depuis La liste de Schindler (Steven Spielberg, 1993). Le réalisateur est réputé pour sa direction d’acteurs, ce qui vaudra à Julian Moore son prix d’interprétation cannois en 2014. Spider est peut-être le film le plus sombre de son auteur. Adapté du roman de Patrick McGrath, il traite de psychologies perturbées au travers d’un schizophrène qui enquête sur sa névrose obsessionnelle liée à sa mère.

Cinéaste de la « nouvelle chair », dont il a réalisé le manifeste dans Vidéodrome (1983), « Crony » (pour les intimes) s’intéressent aussi à la psyché. Il le prouve en liant sa vision gore aux drames de ses personnages. C’est le cas dans La Mouche, Faux semblant, Le Festin nu, M. Butterfly, A Dangerous Method, et… Spider.

Viggo Mortensen acteur fétiche

De moins en moins horrifique, mais toujours sulfureux, David Cronenberg quitte la science-fiction d’horreur pour le polar. Il adapte le roman graphique de John Wagner avec des dessins de Vince Locke (Ed. Vertigo) A History of Violence. Monté au cutter, sans pratiquement de psychologie, tout est réactif dans ce film nerveux, dont la psyché, justement, provoque l’action, comme par réflexe. Le cinéaste et l’acteur se retrouvent dans Les promesses de l’ombre, là où on attendait encore moins le réalisateur, un film sur les mafias russes aux Etats-Unis.

Les Crimes du futur est le quatrième film qu’il tourne avec Viggo Mortensen. Fidèle à ses obsessions et à son art, Cronenberg a annoncé qu’il avait créé un NFT sur des photos de ses calculs rénaux demandées par son médecin, et qu’il envisageait de les mettre en vente. C’est tout le sujet de son nouveau film. 

La crise en limousine

En 2012, Cosmopolis, le nouveau Cronenberg en compétition à Cannes fait partie d’une série de films que l’on pourrait qualifier de thrillers économiques, réalisés dans la foulée du magistral Margin Call de J. C. Chandor (2011), sur la crise des subprimes.

Loin des thèmes habituels du réalisateur, le film flirte toutefois toujours avec les recherches formelles de Cronenberg, et le sujet psychologique. Il se déroule en effet presque entièrement dans la limousine d’un golden boy de la haute finance (Robert Pattinson), pris dans un immense embouteillage à New-York. Voyant son empire s’effondrer, la paranoïa le gagne, persuadé que l’on cherche à l’assassiner.

Hollywood s’invite à Cannes

Dernier film de David Cronenberg projeté à Cannes avant Les Crimes du futur cette année, Maps to the Stars a valu à son actrice principale Julianne Moore le Prix d’interprétation féminine en 2014.

Très attaché à sa ville de Toronto où il a tourné tous ses films, avec Maps to the Stars Cronenberg réalise son premier film à Hollywood. Pamphlet acide sur la quête de succès et comment le garder dans la Mecque du cinéma, Maps to the Stars voit en Julianne Moore une star écartelée entre sa carrière et sa vie privée. Dans une ville de rêve, habitée par les vices, les névroses, les incestes et les jalousies, le sang va bientôt couler.





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By cftv1

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