Deux questions occupaient les esprits des amateurs de sport et de politique avant l’annonce du premier gouvernement Borne. Quel profil aurait celle ou celui qui prendrait la suite de Roxana Maracineanu ? De plus, le sport retrouverait-il un ministère de plein exercice ou demeurera-t-il sous tutelle ? L’Elysée a mis fin au suspense, vendredi 20 mai, en désignant Amélie Oudéa-Castera au poste de ministre des Sports des Jeux olympiques et paralympiques.

Au-delà du nom de l’heureuse élue, ce choix d’un « vrai » ministère a son importance pour la future place du sport dans la société française. Il peut même être perçu comme une surprise. « Pour moi c’est irréversible, il n’y aura pas de ministère de plein exercice… sauf si c’est une volonté politique du Président », affirmait à franceinfo: sport Jean-François Lamour, ministre des Sports entre 2002 et 2007, avant l’annonce du nouveau gouvernement.

Lors des deux dernières années, le sport a été placé sous la tutelle du ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse, après avoir vécu le début du premier quinquennat Macron avec un ministère de plein exercice, dirigé par Laura Flessel puis Roxana Maracineanu. Cette dernière a été rétrogradée au rang de ministre déléguée en juillet 2020.

Dans l’histoire récente, le sport a également été sous l’égide du ministère de la Santéavec Bernard Laporte (2007-2009) et Rama Yade (2009-2010) « seulement » secrétaires d’Etat. Il a également été directement dans l’escarcelle du Premier ministre, comme en 1995-1997, avec Guy Drut comme ministre délégué auprès d’Alain Juppé, chef du gouvernement.

Ministre d’Etat, ministre, ministre délégué, secrétaire d’Etat : sous ces formulations se cachent des différences au-delà du symbolique. Titre honorifique, la dénomination de ministre d’Etat « souligne l’importance particulière conférée à un ministre ou au portefeuille dont il a la charge », peut-on lire sur le site du gouvernement. Un ministre bénéficie de la pleine charge des attributions constitutionnelles de son poste, alors qu’un ministre délégué et un secrétaire d’Etat exercent « auprès du Premier ministre ou d’un ministre de tutelle »

Roxana Maracineanu et Laura Flessel, lors de la passation de pouvoirs au ministère des Sports, le 4 septembre 2018.  (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

« Ministère de plein exercice ou pas, ce n’est pas le titre qui compte », assure pourtant Thierry Braillard, ancien secrétaire d’Etat aux Sports d’avril 2014 à mai 2017 durant la présidence de François Hollande. « Ce qu’il faut scruter, c’est le décret d’attribution qui sera publié dans quelques jours. Il dira qui fait quoi. »

Celui qui est aujourd’hui président de la Fondation du sport français illustre son propos en précisant qu’à la faveur d’un remaniement en 2016, le décret d’attribution lui avait octroyé « toute la politique sportive », alors même qu’il se trouvait sous la tutelle de Patrick Kanner, ministre de la Ville, qui ne disposait de fait « d’aucune fonction effective dans le sport »

Jean-François Lamour ne va pas dans le même sens. Pour lui, le statut a son importance, car « le secrétaire d’Etat ne négocie pas le budget. C’est le ministre de tutelle qui gère ». « Même chose pour les ressources humaines : il n’intervient pas dans le nombre d’agents recrutés ou sur le total de postes qui devront disparaître. Un secrétaire d’Etat n’a quasiment aucune autonomie et pas voix au chapitre », affirme l’ancien champion olympique d’escrime.

Jean-François Lamour, alors ministre des Sports, le 16 février 2005, à l'Assemblée nationale. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Outre une rémunération plus faible, un secrétaire d’Etat n’assiste pas au Conseil des ministres, à l’inverse des ministres et des ministres délégués, sauf si l’un de ses dossiers se trouve à l’ordre du jour. Surtout, il pèse moins dans les discussions pour gagner des arbitrages.

« Ceci dit, être ministre de plein exercice ne signifie pas qu’on obtiendra un budget plus important. La somme allouée aux sports n’avait jamais autant baissé que sous Laura Flessel, pourtant ministre de plain-pied »

Thierry Braillard, ancien secrétaire d’Etat aux sports

à franceinfo: sport

S’agissant du poids du sport dans la politique gouvernementale, les deux anciens membres d’un gouvernement déplorent la réduction à la portion congrue de l’administration des sports, avec une baisse continue du nombre de ses fonctionnaires. Or, « le ministre, sa politique, c’est son administration », appuie Thierry Braillard.

Tous deux s’accordent aussi dans leur critique quant au positionnement du sport sous la tutelle de l’Education nationale de 2020 à mai 2022. « Je trouve que cela a dilué l’administration. Les agents se sont retrouvés un peu noyés » assène le président de la Fondation du sport français. La perspective des Jeux de Paris en 2024 a vraisemblablement guidé l’Elysée et Matignon dans le choix d’une « ministre des Sports, des Jeux olympiques et paralympiques ».





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By cftv1

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