Dans le générique de fin de Rebel, projeté hors compétition au Festival de Cannes, il est mentionné que la guerre en Syrie est toujours en cours. Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a éloigné les projecteurs du Moyen-Orient, les réalisateurs belgo-marocains Adil El Arbi et Bilall Fallah plongent dans le conflit qui ravage la Syrie depuis 2011.

Avec un réalisme psychologique et physique glaçant, ils y racontent la descente aux enfers dans les affres du djihadisme de deux jeunes issus de l’immigration maghrébine du quartier de Moleenbek à Bruxelles. Les deux réalisateurs aux manettes signent là un film personnel. 

Leur récit débute en 2013 et narre l’histoire de Kamal (Aboubakr Bensaihiet sa famille. Ce jeune Belge d’origine marocaine est un rappeur du quartier de Molenbeek. Révolté par les images du conflit syrien qu’il voit sur les chaînes d’information, ce Musulman décide de partir en Syrie pour aider des victimes de la guerre menée par le régime de Bachar El Assad à son peuple.

En 2014, le destin de Kamal bascule. La faction de rebelles avec laquelle il mène des opérations humanitaires en Syrie prête allégeance à l’Etat islamique, qui étend alors son contrôle sur le nord du pays autour de la ville de Raqqa. Horrifié par la violence extrême des hommes de l’Etat islamique, Kamal n’a pas le choix : il ne peut que de participer aux combats en tant que caméraman, pour nourrir la propagande djihadiste.

Dans un magnifique plan-séquence, on voit Kamal, caméra à l’épaule, suivre les sanguinaires hommes en noir dans l’assaut d’une ville tenue par l’armée de Bachar El Assad. L’essence de la guerre suinte de cette course-poursuite contre la mort, dans laquelle Kamal panique à chaque fois qu’il faut courir à découvert sous les tirs ennemis. Ses genous tremblent, les bombes le font reculer, avancer puis reculer encore dans un ballet guidé par l’instinct de survie. 

Adil El Arbi et Bilall Fallah, habitués des films d’action (Gangsta, Bad Boys for Life…) parviennent dans ce film à dépasser le côté purement visuel du champ de bataille. Leur plongée dans le quotidien des djihadistes dans la ville de Raqqa est choquante et convaincante à la fois, comme cette scène sur le marché aux esclaves ou des femmes en burqa faites prisonnières par l’Etat islamique sont revendues à des membres de l’organisation. Surtout, les réalisateurs parviennent à décrire avec justesse le grand écart qu’il y a entre l’image construite par l’Etat islamique sur les réseaux sociaux et la vie réelle des hommes en noir en Syrie. 

« Nous voulions raconter à quel point le djihad pouvait sembler romantique et héroïque à première vue et comment la religion est utilisée comme une arme »

Adil El Arbi et Bilall Fallah, les réalisateurs de « Rebel »

Tout au long du film, des amis de Kamal restés à Molenbeek vantent l’héroïsme de leur « frère » parti au combat. Des caïds félicitent même Nassim (Amir El Arbi), le petit frère de Kamal âgé de 13 ans, pour les « exploits » de son aîné. À Raqqa, Kamal ne rêve pourtant que de revenir au pays et se lie d’amitié avec un autre djihadiste qui veut comme lui fuir la Syrie. 

Hélas, dans la dernière partie du film, le duo à l’oeuvre derrière la caméra retombe dans les travers du film d’action classique en privilégiant le grand spectacle à la trame narrative. On ne dévoilera rien du dénouement, mais le retournement de situation final apparaît peu crédible et diminue un peu la force réaliste de Rebel

Une image tirée du film "Rebel", présenté hors compétion au Festival de Cannes 2022. (Bac Films)

Genre : action, drame, thriller
Réalisateur : Adil El Arbi, Bilall Fallah  
Acteurs :  Aboubakr Bensaihi, Amir El Arbi, Younes Bouab
Pays : France, Belgique, Luxembourg
Durée : 2h15
Sortie : prochainement
Distributeur : Bac Films

Synopsis : Kamal décide de se rendre en Syrie afin de venir en aide aux victimes de la guerre. Mais à son arrivée, il est forcé de rejoindre un groupe armé et se retrouve bloqué à Raqqa. Son jeune frère Nassim, qui rêve de le rejoindre, devient une proie facile pour les recruteurs du djihad. Leïla, leur mère, tente alors de protéger son plus jeune fils.





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By cftv1

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