mar. Août 16th, 2022



Grâce à la façade du bâtiment que l’on peut voir derrière les corps, nous avons réussi à géolocaliser l’immeuble devant lequel a été tournée cette vidéo. Il s’agit des locaux désaffectés d’une ancienne entreprise de charbon, située à Pervomaïsk. A quelques kilomètres seulement de la ligne de front avec les forces ukrainiennes au moment de la diffusion de la vidéo, cette ville minière du Donbass se trouve en territoire séparatiste, dans la République autoproclamée de Louhansk.

Mais comment remonter jusqu’à l’auteur de cette vidéo ? Grâce à l’aide d’internautes ukrainiens, nous avons retrouvé un soldat qui s’est filmé devant une autre façade de l’entreprise de charbon, dans un post publié sur son compte TikTok seulement trois jours après la vidéo d’exactions. Sa voix est similaire à celle que l’on peut entendre se moquer des cadavres. Il appartient au 6e régiment cosaque de la République de Louhansk. Un corps séparatiste qui, d’après plusieurs coupures de presse locale, contrôle bien Pervomaïsk.

Cet homme, dont nous avons retrouvé la carte d’identité militaire, a pour nom de guerre Miron (nous avons son nom exact, mais avons choisi de ne pas le mentionner). Âgé de 52 ans, il vient de la ville d’Alchevsk, proche de Pervomaïsk. Mobilisé sur le front du Donbass depuis le début de l’invasion russe, le 24 février dernier, il filme régulièrement son quotidien de soldat sur TikTok ou Instagram. On apprend grâce à lui que l’usine de charbon semble servir de base à son régiment, et qu’il mène alors des offensives contre Popasna, la principale ville contrôlée par les Ukrainiens à proximité de Pervomaïsk, prise depuis par les forces russes.

Entre opérations en véhicule blindé, permissions en famille et blagues potaches avec ses camarades, il raconte une vie presque ordinaire. Cette illusion de normalité vole en éclat quand Miron est en contact avec des Ukrainiens captifs : sur une vidéo publiée le 3 avril, on l’entend menacer de coups et de viols des prisonniers de guerre parfois blessés. « On va vous passer dessus ! Qui d’entre vous va sucer ? », hurle-t-il, alors qu’un autre soldat séparatiste frappe à la tête un Ukrainien.

Miron était donc sur les lieux autour de la date de publication de la vidéo, et il est régulièrement en contact avec des prisonniers de guerre.

Mais comment prouver factuellement qu’il a bien tourné cette vidéo ? Pour y parvenir, nous avons fait appel à des experts de l’analyse de voix. L’entreprise Whispeak, et un expert de justice indépendant utilisant le logiciel Voice Inspector de la société Phonexia, normalement utilisé dans le cadre d’enquêtes judiciaires, ont accepté de comparer la voix de Miron à celle que l’on peut entendre se moquer des cadavres. Sans se consulter et en adoptant deux méthodes différentes, ils sont parvenus à la même conclusion : les caractéristiques vocales de Miron sont extrêmement proches de celles de l’auteur de la vidéo. On peut donc affirmer avec un haut niveau de certitude qu’il est bien l’homme qui se cache derrière ces images.

Selon Karine Ardault, une juriste spécialiste des crimes de guerre, les éléments mis à jour par nos recherches peuvent servir de base à une enquête judiciaire. « Il s’agit d’une vidéo intéressante, qui présente un élément permettant de mettre en évidence des responsabilités pénales, et d’établir que des individus auraient pu commettre des crimes de guerre vis-à-vis des personnes que l’on voit mortes », explique-t-elle.

Mais en l’état, cette vidéo n’est pas suffisante, et doit être remise en contexte. Il faut comprendre ce qu’il s’est passé avant, et après.

Karine Ardault, juriste spécialiste des crimes de guerre

Cette mission reviendra à la Cour pénale internationale ou à un tribunal ukrainien spécialisé. Mais notre enquête a toutefois permis de retrouver l’auteur de cette vidéo. Un homme qui devra peut-être, un jour, s’expliquer de ses actes. 





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By cftv1

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