mar. Août 16th, 2022



Taïwan « se prépare à la guerre ». Comme prévu, la Chine a débuté ses exercices militaires autour de l’archipel, a annoncé la télévision publique chinoise CCTV jeudi 4 août. La veille, le porte-parole du ministère de la Défense de l’île avait fustigé « un acte irrationnel visant à défier l’ordre international ». Ces manœuvres, les plus grandes jamais organisées autour de ce territoire revendiqué par Pékin, surviennent après la visite de l’élue américaine Nancy Pelosi sur l’île mercredi 3 août, dans un contexte de montée de tensions avec les Etats-Unis

Ces exercices risquent-ils d’entraîner une escalade militaire dans la région ? Quels objectifs se cachent derrière les agissements du régime chinois de ces derniers jours ? Antoine Bondaz, responsable du programme Taïwan à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), répond à franceinfo. 

Franceinfo : Y a-t-il un risque d’escalade militaire dans le détroit de Taïwan compte tenu des récents événements ?

Antoine Bondaz : Le risque d’escalade volontaire est extrêmement faible. Tant du côté de la Chine que celui des Etats-Unis, personne n’est entré dans une logique d’escalade, malgré les récentes déclarations qu’on a pu entendre de part et d’autre. Les exercices militaires que la Chine a annoncé entreprendre dans le détroit de Taïwan ne visent pas directement les troupes américaines.

Par ailleurs, ce risque d’escalade est faible car du côté chinois, il n’y a aucune mobilisation de forces qui laisserait sous-entendre un scénario d’invasion de l’île comme on avait pu voir avec la Russie face à l’Ukraine, quelques semaines avant le début du conflit. 

Comment interpréter ces exercices militaires chinois, annoncés à la suite de la visite de Nancy Pelosi à Taïwan ?

Ces exercices militaires sont inédits du fait de leur ampleur et des moyens mobilisés. Mais c’est surtout leur intensité et leur nature qui sont sans précédent.

« Certaines des zones d’intervention annoncées pour les exercices militaires se trouvent à l’intérieur-même des eaux taïwanaises. Ce n’était jamais arrivé auparavant. »

Antoine Bondaz, responsable du programme Taïwan à la Fondation pour la recherche stratégique

à franceinfo

Dans le milieu des années 1990, durant ce qu’on a appelé la « 3e crise du détroit », la Chine avait déjà réalisé des exercices dans le détroit de Taïwan, mais ils étaient beaucoup plus éloignés. Aujourd’hui, certains auront lieu sur la côte est de Taïwan, dans le Pacifique, ce qui est aussi inédit. 

A travers ces exercices militaires, la Chine entend faire passer plusieurs messages. Le premier est envoyé à la population chinoise. Le but est de montrer que l’armée, qui dépend du Parti communiste, va défendre ce que le régime chinois considère être leur « intérêt national ». Le deuxième est envoyé au pouvoir et à la population de Taïwan : avec ces manœuvres, la Chine essaie de démoraliser la population taïwanaise et de les convaincre que les forces armées de l’île ne font pas le poids. 

Le dernier message est envoyé à la communauté internationale. La Chine essaie de tester la réponse des Etats-Unis et leur détermination à continuer de défendre les conditions de sécurité qu’ils apportent à Taïwan. Mais elle essaie aussi de tester la cohésion de la communauté internationale.

« Le fait qu’il y ait aujourd’hui ce front uni occidental pour condamner ces exercices, c’est extrêmement important. »

Antoine Bondaz

à franceinfo

Mercredi, le G7 a fermement condamné (dans un communiqué) ces exercices militaires, avant même qu’ils ne commencent. C’est également sans précédent. 

En quoi ces exercices confortent la stratégie militaire de la Chine vis-à-vis de Taïwan instaurée ces dernières années ? 

L’intensité sans précédent de ces exercices militaires s’inscrit dans une stratégie chinoise de pression diplomatique et militaire mise en place sur Taïwan depuis 2016. La Chine essaie de se rapprocher de plus en plus de l’archipel en normalisant ses exercices militaires autour et à proximité de Taïwan. Ces derniers jours, le discours chinois est précisément de faire apparaître ces exercices comme légitimes parce que décidés en réaction à la visite de Nancy Pelosi. 

« La Chine ne fait qu’instrumentaliser la visite de Nancy Pelosi pour poursuivre sa dynamique de pression militaire instaurée depuis plusieurs années. »

Antoine Bondaz

à franceinfo

Les événements de ces derniers jours sont aussi l’opportunité pour la Chine de poursuivre l’entraînement de son armée. Le pays a besoin de s’aguerrir sur les opérations conjointes qui mobilisent à la fois la marine, l’armée de l’air et l’armée de lanceurs de missiles. En comparaison avec les Etats-Unis, la Chine a très peu d’expérience dans ce domaine. 

Depuis la fin de la guerre froide, Pékin travaille très largement à la modernisation de ses forces militaires. En ce sens, le budget dédié a été multiplié par six en vingt ans, selon les données fournies par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, il était de 293 milliards de dollars en 2021. Le pays a ainsi considérablement renforcé ses capacités balistiques. Ses missiles sont beaucoup plus précis qu’il y a vingt ans.

Depuis plusieurs années, les médias chinois ne cessent de mettre en avant leurs missiles balistiques anti-navires. Derrière, le message est clair : de telles armes permettraient de viser les porte-avions américains. Mais cela ne veut pas dire que les Etats-Unis ne pourraient pas du tout intervenir. De même, toute cette modernisation ne veut pas dire que la Chine a aujourd’hui les capacités d’envahir Taïwan. 





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By cftv1

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